[Série TV] Shogun

Je profite de la diffusion récente par Arte, dans le cadre de son cycle L’Empire des Samuraïs, de la célèbre série Shogun pour prendre ma plume afin de vous parler un peu des aventures de John Blackthorne. Série américano-japonais tirée du roman éponyme de James Clavell, publié en 1975, Shogun a d’abord été diffusée en septembre 1980 sur le réseau NBC, puis à partir de 1983 sur TF1. L’imposante œuvre de l’écrivain britanique, plus de 1000 pages, se retrouve ici condensée en une mini-série. N’ayant pas lu le livre (mais c’est au programme) je ne m’hasarderai pas à faire des comparaisons. Série historique, Shogun nous envoie au côté de John Blackthorne (Richard Chamberlain) dans le Japon du XVIIème siècle suite à l’échouage du navire hollandais dont il avait la charge sur les côtes nippones. Fait prisonnier avec son équipage, Blackthorne découvre que le Japon est dominé par des missionnaires jésuites portugais, pays contre lequel il est en guerre (les anglais et hollandais étant protestants ils sont considérés comme des hérétiques par les catholiques). Il se retrouve alors protégé par le seigneur Toranaga, et plongé au cœur des intrigues politiques d’alors…

Avant de commencer, il faut rappeler que James Clavell s’est inspiré de l’histoire de William Adams pour son roman. Afin d’être un minimum complet, voici l’instant wikipédia de cette chronique. Pilote anglais, Adams est connu au Japon sous les noms de Anjin-sama (« Mr Pilote ») et Miura Anjin (« Le pilote de Miura »), et vécut à la fin du XVI siècle jusqu’au début du XVII. Arrivé au Japon, Adams et l’équipage de son navire furent accusés de piraterie par les prêtres portugais présents sur l’île et emprisonnés. Les connaissances d’Adams en navires et construction navale lui permirent finalement d’être libéré avec son équipage. Néanmoins, si ces derniers furent autorisés à quitter le Japon, Adams gagna l’affection du Shogun. Il en fait un diplomate et conseiller commercial révéré et lui accorde de grands privilèges. Pour finir, Adams devient son conseiller personnel pour les choses concernant l’occident, et après quelques années il remplace le Jésuite João Rodrigues en tant qu’interprète officiel. Il lui est aussi donné deux sabres représentant le titre de Samouraï, faisant de lui le premier étranger à recevoir cet honneur. Il reçoit aussi le titre de hatamoto, porte-étendard, une position de prestige en tant que vassal direct à la cour du Shogun. De même sil se voit offrir d’importants revenus et ainsi qu’un fief. Il jouera aussi un rôle prépondérant dans l’expansion du commerce asiatique. Sa position lui permet d’épouser Oyuki, la fille de Kegeyu Magome, un noble samouraï et personnage officiel du château d’Edo, avec qui il aura deux enfants. Enfermé dans une cage dorée, Adams mourut à Hirado, au nord de Nagasaki, le 16 mai 1620, à près de 56 ans, sans avoir pu revoir sa femme et ses enfants en Angleterre. Vous l’aurez compris, avec un histoire pareil il y avait de quoi faire, et nous allons être servi.

La première chose qui frappe lorsque débute Shogun, ceux sont les dialogues en japonais qui ne sont pas sous-titrés. John Blackthorne débarque donc sans rien comprendre, et nous avec. Sur ce point j’ai lu quelques réactions négatives sur différents forums. Bien que ses réactions soient quelques peu à côtés de la plaque, elles mettent lumière l’un des points importants sur lequel s’appuie la narration. Le non sous-titrage des dialogues nous permet de ressentir ce que ressent Blackthorne, perdu, isolé et incapable de  saisir ce qui se dit et passe autour de lui. Procédé certes déjà vu, mais toujours intelligent. Rassurez vous, tous les dialogues en japonais ne sont pas en VO. Une partie des dialogues nous seront retranscrit soit par des prêtres portugais, soit Mariko-San, la traductrice dépêchée par  Toranaga. Les sous-titres ne commencent à faire leur apparition seulement quand Blackthorne se met à apprendre et comprendre, par fragments, la langue. Simple mais efficace. De même la multiplication rapide des personnages et des intrigues s’entremêlant ne font qu’accentuer cette désorientation communicative.

Série en costumes comme je les aime, le Japon du XVIIème est ici fidèlement reproduit, notamment avec la multitude d’utilisation de décors naturels. Comme la série devait aussi servir aux occidentaux à découvrir le Japon, alors méconnu, c’est une découverte culturelle qui nous est offert au fur et à mesure des situations que rencontre Blackthorne. C’est ainsi que l’on découvre dès le début de la série le statut si particulier des samurais : leur droit à tuer (on nous montre la décapitation d’un paysan dès que Blackthorne pose le pied sur la terre ferme), leur différenciation grâce au fait qu’ils ont un nom et prénom contrairement aux paysans, la pratique du hara-kiri,… Puis peu de temps après c’est au tour de l’iconique femme japonaise en kimono de faire son apparition et de rester très présente tout au long de la série grâce notamment au personnage de Mariko-San, traductrice et amour de Blackthorne (allez vous pouvez l’avouer on a tous eu un faible pour Mariko-San). Elle sera d’ailleurs une pierre angulaire du récit. Mais outre la découverte de cette nouvelle culture, c’est surtout le décalage culturel entre l’Occident et le Japon qui est mise en avant. Mariko-San sera ici d’une aide inestimable pour Anjin-san puisque c’est elle qui lui montrera quelle posture adopter en fonction des situations qu’ils rencontreront et lui expliquera de nombres points de la culture nippone. Par exemple, la notion de respect, extrêmement importante au Japon, nous est présenté ici de la manière forte, lorsque Blackthorne est humilié (il se fait littéralement pisser dessus) par un samurai responsable du village dans lequel il s’est échoué, et auquel il a précisément manqué de respect. Anjin-san ingurgitera ses notions et la langue de façon extrêmement rapide, se voyant même propulsé samurai.

Bien sur, qui dit samurais, dit combats. Loin d’être prédominantes, Shogun étant une série plutôt lente, les scènes d’action, jamais gratuites, sont distillées au long de la série de façon fulgurante, se terminant aussi brutalement qu’elles ont débutés. La plus marquante est sans nulle doute celle de la trahison du seigneur Yabu, et les passes d’armes entre samurais et assassins. Il faut aussi noter que la décapitation montré au début du premier épisode était une première à la télévision américaine. On peut imaginer les réactions. L’un des autres points qui fit polémique lors de la diffusion de la série est l’approche franche de la sexualité et de la nudité. On peut noter par exemple la scène où Mariko-San propose à Anjin-san de galantes compagnes afin qu’il se rétablisse au plus vite, celle où elle est montrée nue (enfin c’est un grand mot) lorsqu’elle rejoint Anjin-san dans son bain, ou encore lorsqu’une servante se présente en pleine nuit dans son plus simple appareil dans la chambre d’Anjin-san. Pratiques courantes pour la Japon d’alors, mais très éloigné des représentations occidentales.

Côté casting c’est du tout bon. Richard Chamberlain nous offre une superbe prestation (il obtient d’ailleurs le Golden Globe du Meilleur acteur dans une série dramatique) et Yôko Shimada (Mariko-San) est véritablement parfaite, surtout quand on sait que ne parlant pas anglais, elle a appris tous ses dialogues phonétiquement. Performance qui sera elle aussi récompensée par un Golden Globe de la Meilleure actrice dans une série dramatique. On notera aussi la présence de John Rhys-Davies (à la filmo dense et éclectique) dans le rôle du pilote portugais Vasco Rodrigues. Et bien sur le meilleur pour la fin. Le Seigneur Toranaga se retrouve ici sous les traits du géant Toshirō Mifune qui s’en donne à cœur joie dans son rôle de dictateur difficile à saisir. C’est un vrai plaisir que de le voir évoluer dans ce rôle. Je ne m’attarderai pas en détails sur le reste de la distribution (plus par fainéantise qu’autre chose) mais c’est du même acabit. Un très bon casting donc. Rapide petit détour aussi du côté musical. On retrouve une BO classique mais qui remplie parfaitement son office. Simple mais efficace. Là dessus je suis assez bon client.

Bref vous l’aurez compris Shogun est une superbe épopée historique dans une période du  Japon toujours aussi fascinante et intrigante. A noter aussi, grâce à une réalisation sans fioritures, la série a très bien vieillie et se laisse regarder avec grand plaisir. Un coffret DVD au visuel superbe regroupant l’intégrale des épisodes, ainsi qu’un disque de bonus (comprenant un making-of), est disponible dans le commerce depuis quelques années. Je ne vais m’étendre plus longtemps, mais vous l’aurez compris, Shogun c’est du tout bon.

Comments

  1. babelbom says

    « Shogun » , superbe série d’aventure historique qui a marqué mon enfance. Je devais avoir 11 ou 12 ans quand je l’ai vue et c’est avec beaucoup de plaisir que je l’ai revue récemment grâce au coffret DVD. Parfois une série que l’on a vue enfant nous déçois quand on la revoit adulte, ce ne fut pas le cas de Shogun.
    A noter que la BO (dont le thème principal, d’une rare efficacité, est toujours resté gravé dans ma mémoire) est l’oeuvre de Maurice Jarre (Laurence d’Arabie, Mad max 3…)
    Enfin pour l’anecdote, pour ceux qui possèdent le DVD, regardez à nouveau la scène d’ouverture où l’on survole le navire hollandais et vous apercevrez sur l’eau l’ombre bien nette de l’hélicoptère servant à la prise de vue!

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