[Roman] Le Jardin du Repos, de Pa Kin

roman-le-jardin-du-repos-de-pa-kinÀ mon avis, je n’en ai plus pour longtemps à vivre. Après ma mort, je ne sais combien de temps ce jardin et toutes ces choses seront préservées. Je ne suis pas rassuré avec vous. Ce n’est qu’aujourd’hui que je comprends que laisser à ses héritiers des biens sans leur léguer de principes moraux est peu sûr. Ai-je donc été idiot toutes ces années !

Considéré comme l’un des plus grands écrivains du 20ème siècle, le centenaire Pa Kin (1904-2005), ou Ba Jin selon la traduction que l’on retient, de son vrai nom Li Yaotang 李尧棠, est une figure incontournable pour toute personne s’intéressant à la littérature moderne de l’Empire du Milieu et fut, à l’image d’un Hakuki Murakami (en tout cas pour le moment), un souvent cité mais jamais gagnant pour le Prix Nobel de Littérature official site. Dans le Jardin du Repos, court roman publié en 1944, Pa Kin nous entraîne dans les pas d’un écrivain à la recherche d’une tranquillité toute bien venue, dans sa ville natale, après seize années d’absence, afin de pouvoir y terminer au mieux la rédaction de son dernier roman. Répondant à l’invitation au séjour de l’un de ses anciens amis, il s’installe dans la villa de ce dernier, séduit notamment par la présence d’un jardin calme et paisible. Il va y faire la connaissance de toute une galerie de personnages, de la famille de son ami à celle de l’ancien propriétaire des lieux.

Raconté du point de vue de l’écrivain, le dénommé Monsieur Li, référence au nom de naissance de l’auteur, Le Jardin du Repos nous plonge dans la décadence de deux familles bourgeoises chinoises durant la guerre sino-japonaise. De son point de vue privilégié et reculé, il nous narre, à travers notamment les deux protagonistes au centre de l”histoire, le fils de son ami, Xiao, et celui de l’ancien propriétaire, jeune Yang, une société à la dérive, qui malgré l’arrivée sur eux de la guerre, n’a d’yeux que pour l’argent et le matérialisme, quitte pour cela à devoir en sacrifier sa famille. C’est d’ailleurs aussi à travers ce prisme que l’on découvre l’histoire des deux familles en question. Le fils de son ami, n’hésitant pas à sécher les cours, pour aller s’adonner à des jeux d’argent chez sa grand-mère, encouragé d’ailleurs pas cette dernière qui ne pardonne pas à son fils de s’être remarié avec une jeune femme belle et intelligente, ou les répercutions sur la famille de l’ancien propriétaire de la maison, suite à la ruine du père à cause, là aussi, de jeux d’argents hasardeux.

À la fois spectateur et acteur, centre des interactions entre les différents personnages, le lecteur suit les méditations du narrateur concernant l’écriture de son roman et sur le métier d’écrivain, à travers une mise en abyme classique mais efficace, ainsi que dans ses découvertes et explorations le menant à recoller les pièces de l’histoire de l’ancien propriétaire, ou dans des passages simplement plus poétiques, par exemple lorsqu’il s’aventure dans ce jardin si tranquille, îlot paisible et comme hors du temps. Jardin qui sera d’ailleurs le déclencheur de l’histoire, point de départ de sa rencontre avec le fils de l’ancien propriétaire, venant en cachette y cueillir des camélias pour son père, avec la complicité des domestiques, restés là au moment du changement de mains de la maison. L’inspiration pour le jardin de ce court roman, l’un des préférées de l’écrivain, vient directement de celui présent dans sa maison natale, située à Chengdu, dans le Sichuan.

Malgré le faible nombre de pages, Pa Kin arrive à poser et décrire une galerie de personnages qui se révèle assez fouillée, et on s’attache sans difficulté, par exemple, à Zhaohua ou au jeune Yang, la première tentant de faire tout ce qu’elle peut pour ramener son beau-fils dans le droit chemin et le second essayant par tous les moyens de venir en aide à son père, malgré l’opposition de sa famille, qui elle, a décidé de le renier. Le style de Pa Kin, que certains pourraient trouver légèrement datée, nous happe dans le récit, c’est tout du moins ainsi que je l’ai vécu, arrivant sans problème à nous projeter dans l’univers dépeint par l’écrivain, notamment grâce à l’atmosphère dégagée par l’ensemble.

Malgré un fin que je trouve quelque peu abrupt par rapport au reste du roman, et qui aurait gagné à s’étaler sur quelques pages supplémentaires, Le Jardin du Repos est une œuvre pleine de nostalgie, réussissant à faire accrocher le lecteur à une, ou plutôt des, histoires de familles, qui bien somme toute assez banales, nous font tourner les pages sans interruption pour en connaître le dénouement. Une lecture courte chaudement recommandée donc, et pour moi une porte d’entrée dans l’univers de cet immense écrivain qu’est Pa Kin m’incitant à me plonger rapidement plus en longueur dans sa bibliographie.

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