Les Quatre livres extraordinaires (四大奇書)

http://images4.hiboox.com/images/3608/8fbc0ea2ca26049415152ac99e117b08.jpg

La littérature chinoise est très peu connue en France, et plus généralement en dehors de l’Empire du milieu. En Chine existe quatre livres, connus sous l’appellation Les Quatre livres extraordinaires (四大奇書) et considérés comme les plus grands classiques du roman chinois.

Ils sont par ordre chronologique :

* Histoire des Trois Royaumes (三國演義 ou 三国通俗演义) (XIVe siècle)
* Au bord de l’eau (水滸傳) (entre le milieu du XIIIe siècle et le XVe siècle ?)
* Le Voyage en Occident ou La Pérégrination vers l’Ouest (西遊記) (XVIe siècle)
* Le Rêve dans le pavillon rouge ou L’histoire de la Pierre (紅樓夢) (1791)

Certains considèrent Jin Ping Mei ou Fleur en fiole d’or (金瓶梅) (1610) comme le cinquième de ces quatre classiques. Il remplace d’ailleurs parfois le Rêve dans le pavillon rouge dans la liste précédente.

Histoire des Trois Royaumes (三國演義 ou 三国通俗演义)

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/65/Three_Brothers.jpg/180px-Three_Brothers.jpg

L’Histoire des Trois Royaumes (三國演義) est un roman historique chinois sur la fin de la dynastie Han et la période des Trois Royaumes, (220-265). Écrit par Luo Guanzhong au XIVe siècle d’après l’œuvre de Chen Shou écrite au IIIe siècle, c’est l’épopée la plus populaire de la littérature chinoise, mais son lectorat ne se limite pas aux Chinois. Ce livre a eu une grande influence culturelle en Asie du Sud-Est.

Il est également le premier roman complet divisé en chapitres distincts à apparaître en Chine. Aucune autre œuvre de ce genre, toute époque confondue, n’a eu un impact aussi profond et étendu sur la société chinoise. Son titre en mandarin (Sanguo Yanyi) indique qu’il fait de la vertu son thème principal, qualité qui fut l’un des plus haut standard à une certaine époque de la Chine ancienne. Les épisodes variés du roman ont été transmis à toutes les couches de la société chinoise, que ce soit directement ou indirectement, entre autres par le théâtre, la chanson ou par d’autres facettes de la culture populaire, ce qui en fait une histoire connue dans tous les foyers du pays.

Les trois royaumes en question sont ceux de Wei (魏), Shu (蜀) et Wu (吳).

Sous couvert d’un simple roman historique, Les Trois Royaumes est une œuvre d’une beauté, d’une richesse et d’une complexité inouïes, qui participent de l’épopée et du mythe.

Ainsi, chaque héros, de part son nom, sa description physique et ses actes parvient à une dimension mythique de portée universelle. Liu Bei (Vertu Cachée) est le modèle de la générosité, de la vertu et de la droiture. Guan Yu (Long Nuage) devient le Dieu de la Guerre. Zhuge Liang (Dragon Caché ou Lumière de la Raison) apparaît comme le parangon du Grand Stratège omniscient.

Cao Cao, personnage d’une psychologie très fouillée, peut atteindre des sommets de cruauté ou de générosité calculée. Esprit dévoyé et fourbe, Cao Cao aura le destin qu’il mérite : une tumeur maligne au cerveau finira par le faire périr.

De même que dans la mythologie grecque, les animaux eux-mêmes sont remarquables et surnaturels. On ne peut s’empêcher de comparer Lièvre Rouge, monture de Lu Bu, à Pégase ou Bucéphale.

Le roman Les Trois Royaumes siège au Panthéon des lettres universelles au même titre que L’Iliade et le Mahabharata.

Au bord de l’eau (水滸傳)

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/6f/Shuihu.png

Au bord de l’eau (Shuǐ hǔ zhuàn) (en chinois 水浒传, littéralement « le récit des berges ») est un roman d’aventures tiré de la tradition orale chinoise, compilé et écrit par plusieurs auteurs, mais attribué généralement à Shi Nai’an (XIVe siècle). Il relate les exploits de cent huit bandits, révoltés contre la corruption du gouvernement et des hauts fonctionnaires de la cour de l’empereur.

Ce roman fait partie des quatre grands romans classiques de la littérature chinoise, avec l’Histoire des Trois royaumes, le Voyage en Occident et le Rêve dans le Pavillon rouge. Sa notoriété est telle que de très nombreuses versions ont été rédigées. On estime que ce roman a été plus lu que la Bible ou le Coran et il a souvent inspiré, en Chine, des proverbes, des expressions du langage courant.

La version la plus appréciée des Chinois (voir plus bas) a été traduite intégralement en français par Jacques Dars (publiée par Gallimard dans la Pléiade et repris en Folio 1997, deux volumes ISBN 2070402207 et ISBN 2070402681).

La légende fut compilée une première fois au XIVe siècle par un lettré du nom de Shi Nai’an. Par la suite, plusieurs versions sont compilées, avec plus ou moins de bonheur. La plus longue contient cent vingt chapitres et décrit le regroupement des cent huit brigands, mais aussi leur soumission à l’empereur et leur mort pendant les guerres menées à son service.

La version définitive fut écrite par Jin Shengtan, à partir de la version de Shi Nai’an. Le travail du lettré fut important, et il n’hésita pas à supprimer les chapitres du roman qu’il jugeait faibles. Le résultat : une version de référence de soixante et onze chapitres, admise par tous comme la plus aboutie. Par humilité, Jin Shengtan signa du nom de Shi Nai’an, y compris la préface.

La version chinoise courante de cette édition est expurgée de plusieurs scènes de corruption et des scènes d’anthropophagie, nombreuses dans ce roman.

Cent-huit est un nombre important dans les croyances chinoises, et on le retrouve souvent. On sonne les cloches cent huit fois, certains tao comportent cent-huit mouvements, etc.

Les bandits les plus populaires de Chine ne pouvaient qu’être cent-huit.

Dans la version de Jin Sheng-Tan, les cent huit brigands sont inspirés par les cent-huit démons libérés dans le premier chapitre par un caprice du grand maréchal Hong, officier de l’empereur Ren-Zong, de la dynastie des Song. Trente-six d’entre-eux sont liés aux astres célestes, soixante-douze autres, moins puissants, sont liés aux astres terrestres. Le premier groupe inspirera les meneurs de la rébellion, alors que le second fournira les rangs de leurs lieutenants.

Ces cent-huit hommes et femmes sont parfois des brigands professionnels, mais ce sont plus souvent d’anciens officiers de l’empereur fuyant les injustices d’un système corrompu… ou fuyant les conséquences de leur impétuosité.

Le Voyage en Occident ou La Pérégrination vers l’Ouest (西遊記)

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/31/Journey.jpg/230px-Journey.jpg

Le Voyage en Occident ou Xiyouji (西遊記, pinyin : xīyoújì, Wade-Giles : Hsi Yu Chi, en japonais rōmaji : saiyuki, « le Voyage en Occident », parfois traduit en le Roi des singes ou les Pérégrinations vers l’Ouest) est un roman de Wu Cheng’en (1500?-1582?).

Il décrit l’expédition en Inde, au VIIe siècle, du bonze Xuanzang (玄奘) (602-664) qui, dans ce roman fantastique, rencontre toute une série de monstres. Il est accompagné par le singe Sun Wukong (孫悟空, Le singe de la montagne), le cochon Zhu Bajie (豬八戒, le Cochon aux Huit Vœux) et Shaseng (沙僧), le Bonze des Sables, encore appelé Sha Wujing (沙悟淨 Sha Conscience de la Pureté). Ces trois personnages fantastiques se voient obligés de devenir les assistants de Xuanzang ; il s’agit pour Sun Wukong de s’assagir et de réaliser son potentiel, pour les deux autres d’effacer les conséquences de leurs erreurs passées qui les ont transformés en démons. La monture du bonze est un prince dragon transformé en cheval. Ce roman fait partie des quatre grandes œuvres de fiction de la littérature classique chinoise, avec l’Histoire des Trois Royaumes, Au bord de l’eau et le Rêve dans le pavillon rouge.

On peut entrevoir au travers du récit l’époque Ming dont le système politique et administratif est reproduit dans l’entourage des démons et dans leurs relations, ainsi que le syncrétisme idéologique et religieux, mélange de bouddhisme, taoïsme, et confucianisme. Outre la qualité de l’écriture, descriptions attrayantes et rythme enlevé, un des attraits de l’œuvre est qu’elle offre plusieurs niveaux de lecture ainsi qu’une grande variété de thèmes. Le ton parfois humoristique fait qu’elle a pu être interprétée comme une satire de la société de l’époque.

Ce roman est, de l’opinion unanime des spécialistes, le plus réussi de l’abondante littérature fantastique de l’époque Ming. Il reprend un thème populaire exploité dès les Tang par la littérature et le théâtre. On peut voir à Dunhuang des illustrations du récit datant du début des Xixia (1032-1227) où apparait déjà la figure du singe avec un bâton.

Xuanzang avait laissé un récit de son voyage : Rapport du voyage en Occident [à l’époque] des Grands Tang rédigé par son disciple Bianji sur ordre de l’empereur Taizong, peut-être sous la dictée du maître, peut-être de mémoire. Peu après, les moines Huili et Yancong écrivirent l’Histoire de Maître Sanzang du temple de la Grande Compassion, qui contient déjà des aventures fantastiques. Dans le domaine de la fiction, on connait les Ballades de la recherche des soutras des Song et les Saynètes du voyage en Occident des Yuan, sans compter les mentions sporadiques des trois compagnons du bonze et de la naissance de Sun Wukong dans le théâtre mongol.

Sous les Ming, avant le roman de Wu Cheng’en, il y eut Les quatre voyages, un ensemble de quatre récits :

* la Légende des huit immortels de la grotte d’en haut de Wu Yuantai, parfois appelé Voyage en Orient.
* Le Voyage dans le Sud et le Voyage dans le Nord [20] de Yu Xiangdou, dont les héros sont deux divinités taoïstes.
* Le Voyage en Occident de Yang Zhehe, sur le même thème que le célèbre roman, mais moins réussi.

Le roman n’aurait comporté au départ que 41 chapitres, une soixantaine de plus auraient été écrits ultérieurement en s’inspirant en partie du Voyage dans le Sud. Par ailleurs, le texte de deux chapitres est présent à peu de chose près dans un recueil coréen de littérature chinoise et le Grand recueil de littérature de Yongle qui prédatent le roman.

Le Voyage en Occident connut deux suites, Suite du voyage en Occident et Deuxième partie du voyage en Occident. Il inspira de nombreux romans : Complément au Voyage en Occident de Dong Shuo, version satirique anti-mandchou, deux Nouveau Xiyouji de Chen Jing et Tong Enzheng, ainsi que Aussi un voyage en Occident.

Particulièrement en Chine et au Japon, le Voyage en Occident est à la base d’une multitude d’adaptations : suites et imitations littéraires, rouleaux peints, versions simplifiées et illustrées pour les enfants, bandes dessinées, théâtre, Opéra de Pékin, feuilletons télévisés ou téléfilms.

Le Rêve dans le pavillon rouge ou L’histoire de la Pierre (紅樓夢)

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/3a/Traum-der-roten-Kammer.jpg/210px-Traum-der-roten-Kammer.jpg

Le Rêve dans le pavillon rouge (紅樓夢, Hóng lóu mèng), qui date du XVIIIe siècle, est un des quatre grands romans de la littérature classique chinoise, avec l’Histoire des Trois royaumes, Le Voyage en Occident et Au bord de l’eau.

Le « pavillon rouge » désigne le gynécée ou les riches demeures. L’auteur du roman, Cao Xueqin (1723-1763), n’en acheva que les quatre-vingts premiers chapitres, les quarante derniers ayant été révisés par Gao E (高鶚). Ce roman de mœurs sur la famille Jia est centré sur l’amour entre le héros Jia Baoyu (賈寶玉) et sa cousine Lin Daiyu (林黛玉) ; le titre originel de l’ouvrage était Histoire de la pierre (石頭記).

« Dans une prose d’une admirable fluidité, aérée de contrepoints en vers raffinés, c’est une sorte de temps retrouvé d’une adolescence passée au milieu de jeunes filles dans une grande famille mandchoue à l’époque de sa splendeur, qui n’est plus qu’un rêve. » (André Levy)

Le Rêve dans le pavillon rouge a été traduit en vingt-sept langues et a porté la civilisation chinoise aux quatre coins du monde.

Il a été transmis au Japon en 1793 et a eu sa version anglaise en 1830. Après la fondation de la République populaire de Chine, ce livre a été traduit en vingt-deux langues étrangères (anglais, allemand, français, japonais, etc.) et dans les cinq langues des minorités nationales (tibétain, mongol, etc.). Plus d’une centaine de millions d’exemplaires ont été imprimés à l’étranger.

Il existe deux éditions en langue française de ce roman :

* l’une établie par Li Tche-houa et Jacqueline Alézaïs, traduction revue par André d’Hormon, éditions de la Pléiade ;
* l’autre traduite du chinois par Franz Kuhn, version française par Armel Guerne, 2 vol., Guy Le Prat, 1957-1964.

Source : Wikipédia France

Comments

  1. Anji Chan says

    Le Voyage en Occident est un peu ma bible, un bouquin génial, une légende qui a bercée mon enfance… 🙂

    Histoires des Trois Royaumes trône sur ma bibliothèque depuis une éternité, il faudrait peut être que je le lise 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *