[Review] CJ7

Acteur immensément populaire en Chine, Stephen Chow, le ‘roi de la Comédie’ est principalement connu chez nous par le grand public pour Shaolin Soccer et Kung-Fu Hustle (Crazy Kung-fu). Et depuis From Beijing With Love et Love on Delivery, marquant son passage derrière la caméra en 1994, l’acteur, réalisateur, scénariste et producteur Chow a encore creusé un peu plus son trou dans le cinéma chinois et international. Dès le voile levé sur les premières images de CJ7 on pouvait voir que le dernier bébé de Sing Jai lorgnerait du côté de la comédie familiale. Chow pose ici son histoire dans la Chine moderne et capitaliste d’aujourd’hui. Ti (Stephen Chow), père clochard, tente d’élever son fils Dicky, travaillant comme un forcené et fouillant les décharges afin de lui offrir une vie un minimum décente et payer les frais de l’école privée qu’il lui a fait intégrer pour tenter de lui offrir un futur meilleur. Ti tente aussi, tant bien que mal, d’inculquer à son fils des valeurs semblant être complètement dépassées (ne pas voler ou ne pas mentir), et dont Dicky en essuie les plâtres quotidiennement auprès de ses camarades. Mais le  jour où son père lui dégote CJ7, une sorte de petit boule ressemblant à petit chien de l’espace, tout va changer…

Beaucoup furent déçu, mais le métrage étant programmé pour sortir à l’occasion du nouvel an chinois, CJ7 se place ouvertement comme une comédie familiale et grand public. Le film surprend donc par son côté enfantin et familiale, et, bien que se révélant décevant à la vue de l’énorme attente qu’il l’entourait, le dernier bébé de Chow ne s’en sort pas moins avec les honneurs, ce dernier nous offrant au final un divertissement d’assez bonne facture. Mélangeant passages comiques et moralisateurs, Chow jongle entre les deux genres avec plus ou moins de réussite mais retombe toujours sur ses pieds pour maintenir le navire à flot, et bien que l’on tombe souvent dans une facilité prévisible, il n’empêche que Chow arrive toujours à nous surprendre comme lors du combat digne de Kung-Fu Hustle entre la grosse brute au Q.I. d’huitre et son pendant féminin de deux mètres, ou bien encore la séquence où Dicky s’en va pour la première fois à l’école avec CJ7. Mais derrière sa façade simpliste Chow aborde de vrais problèmes face auxquelles la société chinoise doit faire face, comme le fossé qui se creuse toujours un peu plus, entre une partie de la population qui profite des effets de l’essor de l’Empire du milieu et d’une autre toujours plus pauvre et exclue de ce nouveau paradis. Chow nous le présente dès le début du film, avec la comparaison entre les fils de riches qui ont troqué leurs cahiers contre des ordinateurs portables et un Dicky aux chaussures raccommodées et donc le rêve est de tout simplement devenir bon et respectable même s’il doit continuer à évoluer pour cela dans son milieu actuel, en suivant les enseignements de son père, ce qui provoquera les rires sadiques et méchants de ses camarades, qui eux rêves de devenir superstars ou entrepreneurs aux comptes en banques bien remplis. Chow nous offre un ici une piste d’exploration sur le rapport du pouvoir et de l’intégrité, malheureusement trop peu développée pour qu’elle est un réel impact sur le métrage, ceci dû, en partie, au fait que le film ne soit pas cantonné à une seule sortie dans les salles de Hong-Kong, mais soit projeté dans toute la Chine continentale, ce qui empêche toute critique trop virulente. Thème récurent chez l’acteur/réalisateur, et CJ7 n’y échappe pas, Chow aime mettre en scène des pauvres se retrouvant embarqués dans de folles aventures, et arrivant toujours à transcender le misérabilisme ambiant dans lequel ils évoluent pour laisser à ses personnages tous leurs côtés humains. De même qu’avec cette orientation familiale, Chow aborde le thème de la relation père/fils, entre un père moralisateur et un fils refusant ses valeurs pour finalement mieux y revenir et les accepter par la suite. Malheureusement cette relation s’enferme trop dans une morale en guimauve et bien-pensante qui finit par peser sur l’intrigue du métrage.

Stephen Chow en retrait, et ce qui est, de façon surprenante, loin de poser problème, c’est la jeune Xu Jiao, remarquable en Dicky, et surtout CJ7 qui tiennent le haut de l’affiche. Tout d’abord la jeune Xu Jiao, tout juste âgée de onze ans, nous offre un jeu remarquable en tout point, faisant preuve d’une surprenante assurance et rentrant parfaitement dans son rôle de garçon en nous proposant une impressionnante gamme de ton et de situation desquelles elle se sort admirablement bien. CJ7, mixe improbable entre un buble-gomme et un chien, est la véritable star du film. N’apparaissant qu’à la fin du premier tiers de celui-ci, il en devient le personnage central jusqu’à un final, bien que téléphoné, où il prend une dimension de sauveur. Loin d’être une simple babiole, CJ7 permet à Chow de mettre en lumière un certains nombres problèmes de notre société. Grâce à son nouveau ‘jouet’ Dicky trouve enfin un moyen de se faire accepter par ses camarades riches, car il devient alors le possesseur d’un objet que les autres n’ont pas, lui permettant ainsi de s’élever quasiment à leur niveau, permettant à Chow de lancer un pique, qui aurait certes mérité à gagner en profondeur, vers notre société matérialiste. On y voit aussi clairement les ressemblances avec le E.T. de Spielberg, notamment lors de la scène où CJ7 redonne une seconde beauté à une pomme complètement défraîchie, parallèle à la scène où E.T. fait de même avec une fleur fanée. Mais malheureusement Chow ne reste que dans l’ombre de son modèle. Il ne faut pas occulter non plus que cette petite boule et son côté chouppi va permette d’écouler par palettes entières peluches et autres babioles à son effigie. Comme d’habitude bons nombres de personnages sont caricaturés à l’extrême, tandis que d’autres sont justes grandioses tel le caïd de l’école, fils d’un très riche homme d’affaires, et qui dirige ses camarades comme une petite entreprise. D’ailleurs ce sont les enfants, très bons au demeurant, qui sont sur le devant de la scène.

Il est clair que ce nouveau Chow déçoit par bien des aspects et peut paraître frustrant par l’attente que ce nouveau projet a suscité. Bien que se situant dans le bas du panier des réalisations de Chow en trainant de nombreux petits défauts et une fin trop convenue, CJ7 n’en reste pas moins une comédie sympatique, entre-coupé de purs moments de cinéma made in Chow.

Première Publication : 23 septembre 2008

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